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Préparation de l’insecte et du décor

Comme expliqué dans l’article “Focus stacking”, en studio, on peut travailler sur des insectes morts et prendre alors tout le temps nécessaire pour essayer de leur donner un côté vivant. Une manière en quelque sorte de leur donner une seconde vie et de les immortaliser.

Cela sous-entend donc qu’il faut créer un décor, et les mettre en situation. Pour cela, il faudra, pour la scène, connaître les mœurs de l’arthropode et son environnement naturel afin de recréer quelque chose de cohérent. Et concernant l’insecte, il faudra le préparer, façon thanatopraxie, car après la mort, la rigidité cadavérique s’installe et l’animal se retrouve dans une position inhabituelle. Il devient sec, raide ou recroquevillé, et cassant. De plus, selon depuis quand il est mort, et où il a été récupéré, il sera dans un état désastreux… Rempli de poussières, de saletés, et complètement déshydraté, Ce qui se verra sur sa cuticule.

Les photos d’un insecte recroquevillé, sec et plein de poussière, c’est bien pour Wikipédia et la taxonomie, mais si l’on désire une photo un tant soit peu artistique et non morbide, il faudra lui rendre un certain éclat, et une certaine souplesse. 

À partir de là seulement, on pourra le mettre dans une de ses positions naturelles et le laisser sécher pour l’introduire dans cette position, dans le décor.

Commençons par…

Le décor :

Il faut commencer par se renseigner sur le milieu naturel de l’insecte, et pour cela, il faut déjà savoir de quel insecte il s’agit. Pour les endémique, ça ne pose pas de problème, il suffit simplement de savoir où on l’a trouvé afin de reproduire un minimum cet environnement, ou bien si quelqu’un nous l’a donné, savoir où cette personne l’a trouvé. À ce moment-là, ce sera facile de se procurer de la terre, du sable, du bois, peu importe, mais des matières provenant de notre pays. En revanche, il est tout de même nécessaire d’en connaître un minimum. A-t-on affaire à un insecte vivant dans les arbres, dans la terre, dans les murailles ? Il serait dommage de préparer un décor à base de sable pour un insecte vivant quasi exclusivement dans le bois. Ce sera peut-être joli, mais aux yeux d’un connaisseur, ce sera impossible, et plus de doute, votre photo est simplement un mauvais assemblage.

Pour les exotiques, soit on connaît l’insecte, parce qu’on en a en élevage, parce que quelqu’un nous l’a donné, parce qu’on est passionné et donc bien documenté, soit on essaie de l’identifier à l’aide de clés d’identification trouvables sur Internet.

Une fois qu’on sait qui il est, on regarde son aire de répartition, le type d’habitat, on regarde beaucoup de photos de la région sur Google image ou autre ainsi évidemment que beaucoup de photos de l’insecte, ça donnera une idée, et on essaie de créer quelque chose d’équivalent. 

On peut pousser le vice jusqu’à acheter les matières sur Internet, sur les sites de vente d’insectes et matériel d’élevage ou sur les forums de passionnés.

En ce qui me concerne, j’élève une trentaine d’espèces de fourmis, quelques araignées, des cétoines, des grillons, blattes, mantes, bref, beaucoup de petites bêtes. Entre mes élevage et mes contacts chez les autres éleveurs et passionnés, je peux donc disposer de pas mal de spécimens dès qu’ils passent l’arme à gauche. Évidemment, on peut faire aussi avec les insectes vivants et “narcotisés”, mais il est question ici d’une préparation pour insectes morts, donc restons sur ce sujet.

 J’ai donc, par rapport à mes élevages, des substrats de différentes régions du monde, ainsi que des branchages, et des connaissances assez variées sur nombre d’espèces. Je peux donc respecter assez facilement un décor naturel.

Pour “assembler” tout ça, on peut utiliser une petite plaque et l’enduire de colle blanche sur laquelle on déverse le substrat. Après quelques minutes de séchage, on retourne le tout pour faire tomber le surplus. 

On peut aussi utiliser du papier journal et/ou de la pâte à modeler pour former des reliefs. Il faut donc coller ces reliefs sur la petite plaque, et enduire le relief de colle puis faire tomber le substrat dessus et évacuer le surplus. On peut se débrouiller pour y planter des herbes ou petits bouts de bois, bref, essayer de créer un décor équivalent à la surface de terrain que l’on aurait prélevé en bloc pour rentrer dans notre studio. Une surface de 10 x 10 cm suffit.

Une fois que le support est créé, il faut également s’occuper de l’arrière plan. Pour ça, il suffit de trouver la bonne image sur Internet, puis l’imprimer, et la faire tenir environ cinq à 10 cm en arrière de là où reposera l’insecte sur le décor. Vous pourrez compter sur le flou pour donner l’illusion !

Dans le cas d’un insecte vivant dans le bois, il sera encore plus simple de déposer un bout de bois sur la plaque servant de support, et coller quelques bouts d’écorce sur une petite plaque qui remplacera la photo du décor précédent dans sa fonction d’arrière plan. Là encore, l’illusion fonctionnera.

Il sera toutefois sûrement plus délicat de placer correctement l’insecte sur le bout de bois que sur une surface terreuse ou sablonneuse.

Exemple d’un décor simple (celui des photos utilisées en exemple dans l’article “Focus stacking”) :


L’insecte : 

Cette phase est bien plus longue et délicate. Elle s’étale sur plusieurs jours.

Nettoyage, hydratation, restauration… :

Les premières étape consistent à nettoyer et hydrater l’insecte ou selon comment vous vous y prendrez, hydrater et nettoyer l’insecte.

Si l’on utilise la méthode du pinceau avec eau savonneuse pour le nettoyer, lui retirer les poussières, sans avoir préalablement réhydraté l’insecte, il pourrait être cassant et on pourrait finir par sectionner un bout de patte ou une antenne. Mieux vaut commencer alors par l’hydratation.

L’hydratation est très importante, c’est ce qui redonnera de la souplesse à votre spécimen.

Une méthode simple consiste à mettre du papier absorbant généreusement humecté au fond d’une boîte hermétique, de type petit Tupperware, envelopper soigneusement l’insecte d’une feuille de papier absorbant complètement sèche, déposer le tout sur le papier mouillé/humide, fermer la boîte et laisser agir l’humidité à l’intérieur de la boîte pendant 12 à 24 heures. 

Vous pouvez aussi déposer l’insecte sur un petit bout de polystyrène, mettre de l’eau dans votre boîte hermétique, et déposer le bout de polystyrène avec l’insecte dessus au milieu de l’eau. Ne mettez pas directement l’insecte dans l’eau, c’est l’humidité qui doit agir. Là aussi, laissez agir 12 à 24 heures.

À la sortie de la boîte, l’insecte devrait être assoupli et réhydraté.

Maintenant, vous pouvez faire un premier nettoyage du sujet à l’aide du pinceau et eau savonneuse. N’insistez pas trop longtemps car il faut profiter du temps durant lequel il est encore souple pour l’épingler dans la bonne position. Il se mettra ensuite à sécher, et une fois sec et les épingles retirées, vous pourrez à nouveau faire un léger nettoyage.

Ma méthode : 

Pour le nettoyage, une méthode plus “poussée” mais demandant plus de matériel et de produits, celle que j’utilise, consiste à laver l’insecte dans un bain à ultrasons. J’utilise de l’eau déminéralisée et du Decon90. C’est un tensioactif/décontaminant radioactif. L’eau seule ne mouillera pas l’insecte, à cause de la tension superficielle, c’est là où le Decon90 fait des merveilles. Non seulement il mouillera parfaitement le spécimen, mais en plus, il est connu pour restaurer leurs couleurs et leurs yeux. Un détergent comme du produit vaisselle ferait également l’affaire pour le nettoyage mais il ne restaurerait pas les couleurs. Je fais un à trois lavages selon l’état de l’insecte.

Une fois sorti de la cuve, je le passe à l’alcool isopropylique pour le sécher et lui enlever toute trace du “savon” qui en séchant risquerait de laisser les poils emmêlés, puis je remplace le ramollissoir (Tupperware et humidité) par un bain de 2 à 12h, voire 24 heures dans certains cas, dans un produit assouplissant très spécialisé, nommé Barbers Fluid. Il a été mis au point par des entomologistes, et est utilisé pour l’assouplissement des articulations et l’expulsion de certains organes. Ce produit aussi peut restaurer, et même de très vieux insectes. Il est également utilisé pour la conservation. Il n’est pas disponible en France, il faut le commander à l’étranger.

Ce produit est incontestablement le meilleur dans son domaine.

Maintenant que les étapes de nettoyage, restauration et assouplissement sont terminées, comme pour la méthode basique, c’est le moment d’épingler le spécimen dans la position souhaitée avant qu’il ne commence à sécher.

Un petit mot en ce qui concerne les deux méthodes. Il faut savoir que la méthode basique n’est pas une méthode d’entrée de gamme, c’est une méthode qui a fait et qui fait toujours ses preuves.

Le résultat peut d’ailleurs être bien meilleur avec ce système simple qu’avec l’utilisation de bac à ultrasons, produits chimiques et compagnie… tout dépend comment on utilise les produits et les ultrasons. Si c’est fait convenablement, alors ça peut faire des merveilles et restaurer un insecte qui ne peut pas l’être autrement. Le Barbers Fluid spécialement est épatant.

Épinglage :

Comme support sur lequel étaler l’insecte, on a le choix, ça peut être une plaque de carton pour certains, du polystyrène pour d’autres… Du liège également… En ce qui me concerne, j’utilise des plaques d’émalène (une mousse de polyéthylène). Les points importants sont le support qui doit être propre, et facilement “piquable” avec des aiguilles fines. C’est pour ça que le Liège ou le carton ne sont pas forcément ce qu’il y a de plus simple, et d’où l’avantage d’utiliser de la mousse de polyéthylène. Les aiguilles se plantent facilement, ça vieillit bien, ça résiste à de nombreux produits chimiques utilisés en entomologie, les insectes posés dessus tiennent bien car les griffes l’accrochent bien. En bref, c’est le support idéal pour l’épinglage.

Pour les aiguilles, j’utilise des épingles entomologiques 000, elles sont assez souples, et leur diamètre est de 0,25 mm. Parfait pour les petits insectes.

Attention, contrairement à l’épinglage destiné à une collection sous cadre, on maintient le spécimen en place sans le transpercer au thorax ; Une fois l’épingle retirée, les marques se verraient trop sur les photos.

Dans notre cas, l’insecte est maintenu en place par des aiguilles qui l’enserrent.

Pour commencer, je plante donc deux aiguilles en croix sur la plaque, cela ressemble à un X. J’enfonce assez profondément pour qu’il ne dépasse à peine plus qu’un V. 

Je recommence à planter un X parallèle au premier. Cela me servira de support sur lequel poser l’insecte. La répartition sera tête d’un côté, thorax entre les deux X, et abdomen de l’autre.

Ce mode de support sert à tenir l’insecte et à le surélever à la bonne hauteur par rapport à la plaque. 

J’ajuste une première fois les aiguilles pour la hauteur grosso modo de l’insecte. 

Une fois qu’elle est convenable, je replante des X semblables par-dessus. Cette fois-si, comme si je voulais guillotiner à l’endroit où la bête repose sur le support. 

J’ajuste maintenant plus précisément la hauteur de l’abdomen, du thorax et de la tête en plantant plus ou moins ces huit aiguilles. Ça fait de très bons leviers pour abaisser une partie et en relever une autre

Il faut serrer assez pour tenir l’insecte mais pas de sorte à lui sectionner le coup ou la liaison thorax abdomen.

Maintenant que le corps est assez fermement maintenu, j’essaie si la souplesse le permet, d’écarter les mandibules. C’est la chose la plus difficile dans le montage. Si j’y arrive, je maintiens l’ouverture à l’aide des aiguilles, et en cas de bonne souplesse dans les mandibules et d’intégrité physique de l’insecte, je déplie les palpes. Si je n’y arrive pas, je passe à l’étape suivante.

 Je commence à déplier et étaler sommairement les six pattes. Une fois qu’elles sont dépliées de dessous le corps ou d’au-dessus, je m’occupe de mettre en place une patte à la fois, en plantant le nombre d’aiguilles qu’il faut à chaque fois pour faire levier sur les articulations afin de détendre chaque segment puis bloquer la position. Il faut veiller à bien reproduire les extensions. C’est vraiment ce qui fait la différence entre l’aspect vivant et la rigidité cadavérique qui maintient les membres recroquevillés. 

Une fois les pattes en place, je m’occupe des antennes en agissant de la même manière. Je soulève, je cale, je fais levier, je bloque.

Une fois que tout est en place, je vérifie une dernière fois s’il y a besoin de faire de tout petits ajustements et une fois que j’ai fini, je laisse sécher sous cloche pendant une semaine. L’insecte va reprendre sa rigidité cadavérique mais bloqué dans la position que vous venez de choisir.

Une semaine plus tard, une fois sec, on peut retirer les épingles délicatement, une par une, et l’insecte tiendra comme par magie dans sa position.

Les deux photos qui suivent sont celles de l’insecte ayant servi dans tous les exemples de l’article Focus stacking (fourmi, major Camponotus singularis). Vous pouvez compter le nombre d’épingles qu’elle a demandé.

Laisser sécher sous cloche est primordial pour éviter à votre spécimen de se recharger de poussières, ce qui pourrait gâcher la photo ou vous forcer à le nettoyer un peu trop, au risque de lui casser un segment voire lui couper la tête.

La position dans laquelle on l’épingle dépendra de l’espèce et de ce que vous avez vu lors de vos recherches. À quoi ressemble-t-il quand il est au repos, quand il marche, quand il mange. Choisissez la situation qui vous plaît, et souvent le plus simple est le moins compliqué, regardez un maximum de photos de l’insecte dans cette position et reproduisez-là.

Et voilà, prêt à jeter un dernier coup d’œil sous la loupe, passer un dernier petit coup de pinceau humide, prendre quelques minutes à poser l’insecte au milieu du décor qui a été créé, déposer le tout dans la Lightbox, et commencer la séance de Stacking.


Voici maintenant un autre exemple de préparation d’insecte et décor :

Premièrement, l’épinglage (l’insecte, une fourmi, est une gyne Atta sexdens) :

Passons maintenant aux éléments de décor et à sa réalisation :

Et le résultat après tous les processus, post traitement de l’image compris :

13 réflexions au sujet de « Préparation de l’insecte et du décor »

  1. Ouah !!!! Quel travail !!! La rédaction de tout ça déjà , et tous les processus pour le stacking. Moi qui comptais commerncer tranquillou bilou…………ben…..c’est plus long que ce que je pensais !! Merci encore pour toutes ces informations….

    1. Ahah, bah, il faut bien commencer quelque part…
      Petit à petit…
      Merci en tout cas pour ce gentil commentaire 🙂

  2. Merci pour ces explications très détaillées, je pense qu’elles vont bien m’aider.

    1. Tant mieux Serge, c’est là pour ça 🙂
      Merci pour ton commentaire.

  3. Remarquable, ça donne envie d’essayer. Il ne manque une l’acteur principal : la bête. Bravo et merci pour ce partage riche et précis. Je crois que je vais le relire une quatrième fois…

    1. Merci beaucoup pour ce commentaire 🙂
      Une quatrième fois, quel courage !! 😉

  4. Hello, excellent article où j’ai appris énormément de choses.
    J’envisage fortement de me mettre au stack.
    J’aimerais savoir plus sur le budget d’un studio comme le tien.
    Sachant que je suis déjà un peu équipé,faisant du portrait,et un peut de photos de sport.
    D’avance je te remercie.
    Ben

    1. Bonjour Ben,
      Merci pour ton intérêt.

      Si tu comptes te mettre au stack, il faudrait aussi me dire si tu as des idées de tes applications futures : Pro/loisir occasionnel/fréquent/quotidien, intérieur/extérieur, macro/micro… etc.

      Une installation comme celle-ci sera très souvent surdimensionnée question encombrement, budget, « complexité », par rapport aux besoins (et plaisir) réels, alors qu’un rail pourrait suffire dans la majorité des cas.

      À part ton boîtier, et peut-être les flash (en adaptant l’utilisation), très peu de ton matériel actuel pourra te servir. Mais selon tes réels besoins, que peu de nouveaux achats seront peut-être nécessaires, donc dis-moi 🙂

      1. Merci de m’avoir répondus, j’envisage de faire du stack de façon loisir,mais fréquent,intérieur comme extérieur 🙂
        Pour mon matos,y’a que le boitier(5dsr) que je pourrait recyclé .
        J’aimerais savoir si y’a pas une solution de matos tout faite,comme un kit. Maintenant que tu as de l’expérience donc du recul,tu dois avoir une liste de matos a avoir,ou des erreurs a pas commettre .Pareil pour la librairie.
        J’ai trois milliards de questions. :o)))))

        Merci

        1. Salut Ben !

          Tu as des kits très performants et qui satisfont tous leurs utilisateurs, trouvables ici : https://www.mjkzz.com/?Product+Type=Extreme+Macro

          Ils ont un excellent rapport qualité prix.

          Pour la librairie, franchement, je n’ai rien à te conseiller. Si tu parles anglais, regarde ce site : http://extreme-macro.co.uk
          C’est pour certains une sorte de Bible de l’extrême macro.

          Les erreurs à éviter, c’est simplement vouloir aller trop vite dans la publication d’un cliché. Ou croire que nos premiers clichés sont magnifiques… ahah
          Il faut aussi réfréner son envie d’aller trop rapidement vers les forts rapports de grandissement. Déjà, maîtriser tout ce qui est 1:1 à 5:1, c’est pas mal !
          Il faut mettre le paquet sur la diffusion de la lumière et le système antivibrations (quel qu’il soit).

          1. J’en prends bonne note.
            Merci et bonne continuation.

  5. Bonjour
    Hormis le livre sur l’ultra macro de Nardin et Labaune vous êtes le seul à mes yeux à être clair dans le domaine. Bravo et merci pour votre travail.
    je reviens sur votre site toujours avec beaucoup de plaisir et de modestie …
    Pour info j’utilise stackshot en tant que petit amateur qui se fait plaisir et qui ne demande qu’à progresser
    merci encore
    Bien cordialement

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